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L’Art Parfumé du Désir : Arômes, Senteurs et Diffusion Aromatique dans le Kama Sutra

Senteurs Séductrices : Révéler les Secrets Parfumés du Désir dans le Kama Sutra
4 février 2026 par
scentriq

Le Kama Sutra, largement mal compris dans le contexte occidental moderne comme n’étant qu’un manuel de positions sexuelles, est en réalité un traité bien plus sophistiqué et holistique sur le plaisir, l’intimité et l’art de bien vivre. Rédigé entre le IIe et le IIIe siècle avant notre ère par le savant sanskrit Vātsyāyana, ce texte indien ancien englobe des rituels de beauté, des techniques de séduction, des pratiques de soin de soi et une philosophie qui célèbre la sensualité comme une quête humaine légitime, digne d’une étude attentive et d’un raffinement constant. Au cœur de cette philosophie se trouve un élément qui demeure aujourd’hui aussi pertinent qu’il l’était il y a plus de deux millénaires : l’usage stratégique et sensuel des arômes et des senteurs. L’importance accordée au parfum dans le Kama Sutra témoigne d’une compréhension profonde de la manière dont les arômes sollicitent les sens humains, élèvent les états émotionnels et créent l’atmosphère idéale pour l’intimité et la connexion.​


Comprendre le Cadre Philosophique

Avant d’aborder les arômes spécifiques et leurs usages, il est essentiel de comprendre le contexte philosophique dans lequel le Kama Sutra situe le plaisir des sens. Contrairement à des cultures qui considéraient le désir physique comme quelque chose à réprimer ou à maîtriser, la philosophie indienne ancienne a intégré kama — le désir et le plaisir sensuel — comme l’un des quatre objectifs cardinaux de la vie humaine, aux côtés de dharma (le devoir), artha (la richesse) et moksha (la libération). Cette perspective reconfigure en profondeur la quête du plaisir : non pas comme une indulgence ou un excès, mais comme un domaine légitime du développement humain, requérant connaissance, compétence et pleine conscience.​

La conclusion fondamentale du Kama Sutra est que la joie sexuelle provient principalement des sentiments et des émotions liés à la proximité intime, de la magie et de la poésie que les partenaires créent l’un pour l’autre, plutôt que des seuls actes physiques. Cet éclairage replace les arômes dans leur contexte philosophique : ils ne sont pas de simples ornements ajoutés aux rencontres intimes, mais des outils essentiels pour instaurer l’atmosphère émotionnelle et psychologique nécessaire à une connexion profonde et satisfaisante. Le texte reconnaît explicitement qu’en l’absence de certaines vertus naturelles — beauté, jeunesse et autres qualités — il est possible de susciter charisme et attraction par des moyens artificiels et par l’art. Le parfum, dans ce cadre, devient une forme d’art : une pratique délibérée par laquelle les individus accroissent leur désirabilité et créent un environnement propice au plaisir mutuel et à la connexion spirituelle.​


La Science de l’Odeur et de la Réponse Sensorielle

Les anciens praticiens du parfum comprenaient intuitivement ce que les neurosciences modernes ont confirmé : le système olfactif — le sens de l’odorat — dispose d’une voie directe vers le cerveau, contournant l’esprit rationnel pour atteindre les centres émotionnels. Lorsque des molécules odorantes sont inhalées, elles cheminent directement des nerfs olfactifs vers l’amygdale, centre émotionnel du cerveau, influençant l’humeur, la mémoire et le désir de manière immédiate et puissante. C’est pourquoi un parfum particulier peut instantanément susciter une émotion, raviver des souvenirs ou intensifier l’excitation.

Dans la tradition ayurvédique, qui se développe parallèlement à la philosophie du Kama Sutra et l’éclaire, l’odorat est appelé « Gandha » et il est vénéré pour sa capacité à influencer les émotions, à équilibrer les énergies du corps (les doshas) et à favoriser le bien-être général. Les praticiens ayurvédiques ont reconnu que différents arômes produisent des effets spécifiques sur le corps et l’esprit — certains sont chauds et stimulants, d’autres frais et apaisants. Cette compréhension « pharmacologique » du parfum a permis aux concepteurs du Kama Sutra de prescrire des senteurs particulières pour des objectifs précis, créant un système sophistiqué d’amplification sensorielle qui relevait à la fois de l’art et de la science appliquée.​


Arômes Sacrés : Les Senteurs Maîtresses du Désir

Le Kama Sutra et d’autres textes indiens anciens apparentés évoquent une constellation particulière de fragrances devenues synonymes d’intimité, d’attraction et de séduction. Elles n’ont pas été choisies au hasard ; chacune portait une signification symbolique, physiologique et psychologique.

​Bois de santal (Chandan) : Probablement la fragrance la plus fondamentale de toute la tradition aromatique indienne, le bois de santal apparaît tout au long du Kama Sutra et des textes associés comme l’ossature de la séduction intime. Cet arôme crémeux et boisé est à la fois enracinant et profondément apaisant. Le bois lui-même était si précieux que des temples et des palais furent construits avec lui pour ses qualités aromatiques et spirituelles. Dans le contexte de l’intimité, la senteur chaude et douce du santal crée une atmosphère parfaite de proximité — favorisant une intimité sereine et une profondeur ancrée. Appliquée sur le corps, sa fragrance demeure près de la peau, créant une aura intime et personnalisée. Les propriétés rafraîchissantes du santal le rendent particulièrement adapté aux mois d’été ou aux rencontres passionnées, car il empêche le corps de surchauffer. Dans l’œuvre poétique de Kalidasa, l’un des plus grands poètes classiques de l’Inde, la brise printanière traversant le sud de l’Inde est décrite comme « gandhavaha » — la porteuse de parfum — parce qu’elle transporte l’essence du bois de santal depuis des forêts lointaines, créant un décor évocateur pour les rencontres des amants.​

​Musc : Considéré comme l’un des aromates les plus précieux de l’Inde ancienne, le musc incarne la sensualité dans sa forme la plus concentrée. Décrit dans le Kama Sutra comme un arôme chaud, proche de la peau, qui active le désir grâce à ses sous-notes animales naturelles, le musc était le parfum de prédilection des reines, des courtisanes et des femmes qui souhaitaient que leur présence persiste longtemps après avoir quitté un lieu. Ce n’est pas un hasard : le musc contient des composés indoliques similaires à ceux présents dans les phéromones sexuelles humaines, créant une connexion olfactive avec l’attraction primaire. La chaleur du musc en fait une fragrance idéale à appliquer sur les zones du corps qui dégagent naturellement de la chaleur — l’intérieur des cuisses, le ventre, entre les seins — où elle se diffuserait progressivement tout au long d’une rencontre intime. Les textes anciens décrivent comment, à mesure que les corps des amants se réchauffaient sous l’effet de la passion, le musc s’approfondissait et devenait de plus en plus intime, créant une expérience olfactive qui évoluait avec la rencontre elle-même.​

​Jasmin : Peut-être la plus universellement célébrée des fragrances intimes du Kama Sutra, le jasmin porte des siècles d’associations érotiques. Cette fragrance florale tropicale s’est révélée, dans des études modernes, capable d’augmenter la libido, et les cultures anciennes avaient reconnu sa puissance bien avant toute validation scientifique. Le jasmin contient de l’indole — un composé présent dans les organes génitaux humains — ce qui crée une connexion olfactive innée avec la sexualité. Au-delà de ses effets physiologiques, le jasmin suscite des sentiments d’euphorie et de confiance, ce qui le rend idéal pour les rituels de préparation avant les rencontres intimes. La douceur du jasmin n’est jamais écœurante ; elle demeure sophistiquée et séduisante, et se prête à des combinaisons avec des fragrances plus profondes et plus « ancrantes ». Dans les rituels de beauté de l’Inde ancienne, les femmes massaient de l’huile de jasmin dans leurs cheveux avant de les tresser, afin que chaque mouvement de tête, chaque inclinaison de la nuque, libère une nouvelle vague de parfum floral.​

​Safran : Cette épice dorée, parmi les ingrédients parfumés les plus luxueux et les plus coûteux connus dans l’Antiquité, était associée à la séduction, à la beauté et à la royauté. Le Kama Sutra décrit les huiles infusées au safran comme idéales pour intensifier l’intimité et approfondir le lien émotionnel entre les amants. Dans la pratique ayurvédique, on pense que le safran réchauffe le corps de l’intérieur, augmentant la vitalité et l’énergie sexuelle. Infusé dans des huiles ou dans l’eau du bain, il confère une senteur subtile et persistante, symbole à la fois de luxe et de plaisir sensuel. Son arôme chaud, épicé et floral est lié à l’intimité et à l’opulence, et le safran se marie traditionnellement à merveille avec le jasmin et le bois de santal, créant des parfums harmonieux utilisés dans les rituels de beauté et de séduction de l’Inde ancienne.​

​Ambre : Chaude et boisée, la senteur ambrée se glisse subtilement sur la peau à mesure que la chaleur du corps augmente lors des instants intimes. L’ambre n’est pas à proprement parler une huile essentielle, mais un accord parfumé composé d’ingrédients naturels tels que le labdanum, le benjoin, la vanille et des résines balsamiques douces ; il produit un arôme riche et résineux, aux contours doux et poudrés, avec de subtiles touches de chaleur. Dans l’Inde ancienne, on brûlait l’ambre sous forme d’encens dans la chambre, et l’on croyait que son parfum renforçait l’intimité en augmentant la circulation sanguine et en revitalisant les hormones. La senteur est sensuelle et séduisante sans être envahissante, ce qui en fait une note de fond idéale : elle laisse briller les autres fragrances tout en ajoutant profondeur et sensualité.​

​Rose : À travers l’histoire et les cultures, la rose a été la fleur de l’amour, et le Kama Sutra reconnaît cette puissante association. Dans la tradition ayurvédique, l’arôme doux et floral de la rose est associé à l’équilibrage du chakra du cœur, favorisant l’amour, la compassion et l’équilibre émotionnel. On faisait flotter des pétales de rose dans l’eau du bain et on massait la peau avec de l’huile de rose. Le parfum crée une atmosphère romantique tout en ancrant l’expérience dans la beauté et la grâce.​

Clou de girofle et cardamome : Ces épices apparaissent à de nombreuses reprises dans des contextes intimes au sein du Kama Sutra et des textes apparentés. Ajoutés aux noix de bétel — que les amants s’échangeaient comme signes d’intimité — le clou de girofle et la cardamome créent un arôme réchauffant, légèrement épicé, qui stimule les sens et favorise la circulation sanguine. Comme le mentionne la Brihatsamita, ces épices peuvent exciter davantage les amants lorsqu’elles sont combinées aux noix de bétel. L’intensité de leur arôme traverse les autres odeurs, capte l’attention et accroît la conscience sensorielle..​


Diffusion Aromatique dans l’Environnement Intime

Le Kama Sutra et les textes apparentés fournissent des indications remarquablement précises sur la manière de préparer et de parfumer l’espace intime. L’approche « classique » repose sur une stratégie multisensorielle et par couches, transformant une pièce ordinaire en sanctuaire de sensualité.

​Encens et fumée : Le brûlage de l’encens (dhupa) faisait partie intégrante de la préparation de la chambre pour les rencontres intimes. Un texte successeur du Kama Sutra, le Nagrasarvasa, rédigé entre 800 et 1300 de notre ère, consacre un chapitre entier à la préparation de parfums à des fins intimes, car ils « enflamment les désirs sexuels chez les individus ». Le brûlage de l’encens remplit plusieurs fonctions : il crée une atmosphère parfumée qui imprègne l’espace, il produit une fumée qui transporte les arômes vers le haut et vers l’extérieur, et l’acte même de brûler — associé à l’élément feu et à la transformation — ajoute une dimension rituelle. À l’époque moghole, les chambres étaient emplies d’encens à base d’ambre et de bois d’aloès, créant un environnement olfactif immersif..​

La tradition indienne de l’encens est ancienne et sophistiquée. Des preuves archéologiques révèlent que des brûle-parfums et des appareils de distillation en terre cuite remontent à 3000 av. J.-C., ce qui indique que la technologie et la pratique de la diffusion aromatique ont été raffinées sur des millénaires. Les différentes formes d’encens — bâtonnets (agarbatti), cônes, spirales et poudres — offrent chacune des propriétés de combustion et des modes de dispersion distincts. Les bâtonnets d’encens, forme la plus familière, se composent d’une âme de bambou enrobée d’un mélange d’ingrédients naturels (herbes, fleurs, résines), émettant un flux délicat et continu de fumée et de parfum. Les cônes d’encens, grâce à leur forme, permettent une combustion uniforme et libèrent un arôme plus riche et plus puissant, créant une expérience olfactive plus intense, adaptée aux espaces intimes plus restreints.​

​Application d’huiles et parfumage du corps : Au-delà du parfum d’ambiance, le Kama Sutra met fortement l’accent sur la préparation du corps lui-même comme objet de désir parfumé. Cela témoigne d’une compréhension raffinée du fait que l’intimité sollicite non seulement l’esprit, mais l’ensemble de l’appareil sensoriel des deux partenaires.

Selon le texte, après le bain et les soins de base, une personne — en particulier une femme se préparant à une rencontre intime — appliquait des huiles parfumées sur des zones stratégiques du corps : les seins, le ventre, les bras et l’intérieur des cuisses. Ces régions produisent naturellement de la chaleur, soit par la circulation sanguine, soit par la friction du contact rapproché, ce qui constitue un mécanisme idéal pour diffuser progressivement le parfum tout au long d’une rencontre intime. Cette diffusion activée par la chaleur signifiait qu’à mesure que les corps des amants se réchauffaient sous l’effet de la passion et du mouvement, le parfum s’intensifiait et se transformait, devenant de plus en plus intime et personnalisé.

L’application des huiles n’est pas envisagée comme une simple application en surface, mais comme une pratique consistant à laisser le parfum « fondre » dans la peau. Cela diffère fondamentalement de l’application moderne du parfum, qui reste souvent à la surface de l’épiderme. La pratique ancienne suggère d’utiliser des huiles porteuses — noix de coco, amande ou jojoba — infusées d’huiles essentielles et de matières végétales aromatiques. Ces applications à base d’huile permettent au parfum de devenir partie intégrante de l’écosystème olfactif propre au corps, créant une aura singulièrement personnelle et réactive à la chimie corporelle.

​Parfumage des cheveux : Le Kama Sutra attribue une importance particulière aux cheveux d’une femme comme puissant outil d’attraction, surtout lorsqu’ils sont sublimés par le parfum. Avant de peigner ou de tresser, les femmes massaient leurs cheveux avec des huiles parfumées de jasmin, de musc ou de safran, nourrissant la chevelure tout en diffusant un arôme doux qui accompagnait chaque mouvement. Les cheveux, poreux et volatils, constituent un excellent support pour une libération prolongée du parfum. Un mouvement de tête, une inclinaison de la nuque ou le balancement des tresses libérait une senteur durable, créant une aura mobile de sensualité qui précédait et enveloppait la présence de la femme..​

Rituels du Bain : Le Kama Sutra considère le bain non comme une simple mesure d’hygiène, mais comme une préparation sensuelle et rituelle à l’intimité. Les femmes se baignaient dans une eau au safran pour adoucir la peau, accroître l’éclat et laisser un parfum discret mais persistant. Des pâtes de bois de santal, appliquées sur le corps après le bain, rafraîchissaient la peau (important sous un climat tropical où la surchauffe pouvait diminuer le plaisir), calmaient l’esprit et enveloppaient la peau de notes aromatiques chaudes et crémeuses. Des pétales de rose, de jasmin et de lotus flottaient dans l’eau du bain, libérant de douces effluves qui enveloppaient le corps avant même l’application des huiles. Ces rituels du bain, essentiels aux traditions de beauté de l’Inde ancienne, préparaient la peau aux huiles aphrodisiaques qui suivaient, créant des couches de parfum qui se déployaient tout au long de la rencontre intime.


Les Fondements Philosophiques de la Séduction Aromatique

Il est important de comprendre que l’approche du Kama Sutra en matière de parfum ne vise pas uniquement à susciter l’excitation sexuelle, même si c’en est assurément une fonction. Elle reflète plutôt une compréhension philosophique plus profonde de la manière dont les êtres humains créent du sens, du lien et de l’intimité en mobilisant l’ensemble de leurs sens.

Le fait de se parfumer et de parfumer son environnement constitue un acte d’intention et de respect envers son partenaire. Lorsqu’une femme prend le temps de se baigner dans une eau au safran, de masser des huiles dans ses cheveux, d’enduire son corps de fragrances soigneusement choisies, elle ne se prépare pas seulement à être désirée ; elle se prépare à être pleinement présente, pleinement sensuelle et pleinement engagée dans la rencontre à venir. La préparation elle-même devient une forme de méditation : un retour vers soi, un rassemblement de son énergie sensuelle. De même, lorsqu’un couple remplit intentionnellement son espace intime d’encens, il crée une frontière entre le monde ordinaire et le domaine du désir, marquant l’espace comme sacré, à part, digne d’attention et de révérence.

Le poète Jayadeva, dans son œuvre classique la Geeta Govinda, illustre cette compréhension sophistiquée du pouvoir symbolique du parfum. Il utilise l’odeur non seulement pour célébrer la joie de l’union des amants, mais aussi pour exprimer la douleur de la séparation et du manque. Lorsque Radha est abandonnée par Krishna, la brise chargée de murmures de bois de santal — autrefois perçue comme divine — semble désormais toxique, provoquant l’angoisse plutôt que le plaisir. Cette intuition poétique révèle une vérité que le Kama Sutra comprend implicitement : le parfum n’est pas une simple donnée sensorielle neutre, mais un médium porteur de sens par lequel nous encodons nos réalités émotionnelles et relationnelles.​


Application Pratique : Créer Aujourd’hui un Environnement Parfumé

Les principes du Kama Sutra demeurent applicables à la vie intime moderne, même si nos modes de vie, nos climats et notre accès aux matières parfumées diffèrent de ceux de l’Inde ancienne.

Pour celles et ceux qui souhaitent créer un espace intime inspiré des principes du Kama Sutra, l’approche par couches reste la plus efficace. Commencez par le parfum d’ambiance : un encens léger, soit des agarbatti indiens traditionnels, soit une huile de diffuseur de haute qualité avec des notes de santal, de jasmin ou d’ambre. L’objectif est de créer une fragrance subtile qui rehausse sans submerger. L’espace doit être accueillant pour les deux partenaires ; des odeurs trop fortes ou écœurantes peuvent produire l’effet inverse de celui recherché, suscitant l’aversion plutôt que le désir.

Poursuivez avec l’application d’un parfum sur soi. Une méthode simple consiste à choisir une huile porteuse (le jojoba ou l’huile de coco fractionnée conviennent bien) et à l’infuser avec 2 à 3 gouttes d’huiles essentielles aux senteurs complémentaires. Le jasmin associé au bois de santal, ou l’ambre avec une pointe de clou de girofle, crée des mélanges sophistiqués. Appliquez ces huiles légèrement sur les points de pulsation — l’intérieur des poignets, le cou, le pli interne des coudes et l’intérieur des cuisses — en laissant la chaleur du corps libérer progressivement le parfum. L’intention n’est pas d’annoncer sa présence par l’odeur, mais de créer un arôme intime qui se déploie au contact rapproché.

Parfumer les cheveux peut être aussi simple que d’ajouter une goutte d’huile essentielle à l’eau du dernier rinçage pendant le shampooing, ou d’utiliser un sérum capillaire léger à base d’huile avant le coiffage. Le but est la subtilité, non l’intensité : le parfum doit être découvert, pas proclamé.

Le rituel du bain mérite une attention particulière. Au lieu de considérer la douche ou le bain comme un geste purement fonctionnel, abordez-le comme une préparation au plaisir. Cela peut impliquer d’ajouter quelques pétales de rose ou de lavande à l’eau du bain, ou d’appliquer une pâte de bois de santal sur la peau après le bain, en la laissant sécher légèrement afin que le parfum se mêle aux huiles naturelles de la peau. Le bain devient alors une forme de soin de soi et d’hommage à soi, installant une tonalité sensuelle pour la suite.


Arômes et Doshas : Personnaliser le Parfum

Le principe ayurvédique des doshas — les trois constitutions énergétiques fondamentales (Vata, Pitta et Kapha) — offre un cadre utile pour choisir des fragrances adaptées à la nature individuelle et à l’état du moment.

Pour les personnes de constitution Vata ou présentant actuellement un déséquilibre Vata (caractérisé par la légèreté, la sécheresse et une énergie variable), les fragrances enracinantes et réchauffantes sont idéales. Le bois de santal, l’ambre et des notes légèrement épicées comme le gingembre aident à ancrer et stabiliser l’énergie Vata. Ces fragrances créent un sentiment de sécurité et de présence qui favorise une relaxation plus profonde et une intimité accrue.​

Les constitutions Pitta (caractérisées par la chaleur, l’intensité et une digestion puissante) bénéficient de fragrances rafraîchissantes et apaisantes qui évitent la surchauffe et empêchent l’intensité de devenir envahissante. La rose, la lavande et le jasmin — traditionnellement rafraîchissants en Ayurveda — contribuent à équilibrer Pitta et à soutenir l’ouverture émotionnelle. Les propriétés rafraîchissantes de ces fragrances créent une atmosphère de douceur et de réceptivité.​

Les constitutions Kapha (caractérisées par la lourdeur, la stabilité et une tendance à la léthargie) ont besoin de fragrances plus stimulantes et dynamisantes, qui énergisent et revigorent. Le gingembre, les notes d’agrumes et les facettes plus vives du clou de girofle et de la cardamome aident à activer l’énergie Kapha et à favoriser la circulation et l’enthousiasme. Ces fragrances créent une sensation de vitalité et d’implication.

Comprendre sa constitution doshique permet une sélection de fragrances plus personnalisée et plus efficace, en veillant à ce que les arômes choisis soutiennent réellement le bien-être et la qualité de présence, plutôt que d’aller à l’encontre des tendances naturelles.


Le Malentendu Moderne et la Voie à Suivre

Dans la culture contemporaine, le parfum est souvent traité comme une préoccupation cosmétique superficielle — un produit à acheter et à appliquer plutôt qu’une pratique à cultiver. L’approche du Kama Sutra suggère quelque chose de bien plus profond : le parfum est un langage du désir, un médium par lequel nous nous honorons, nous-mêmes et nos partenaires, et un outil pour créer un espace sacré et sensuel dans un monde de plus en plus pressé.

La compréhension indienne ancienne diffère aussi du marketing occidental moderne des « aphrodisiaques », qui promet souvent une excitation instantanée, de nature chimique. L’approche du Kama Sutra est plus subtile, plus respectueuse et, au final, plus profonde. Dans ce contexte, le parfum ne crée pas du désir là où il n’en existe pas ; il soutient, amplifie et honore plutôt le désir déjà présent. Il crée un environnement — physique et psychologique — dans lequel une connexion authentique peut s’épanouir.

L’accent mis par le texte sur la réciprocité, le plaisir mutuel et la mobilisation de tous les sens propose un modèle d’intimité fondamentalement opposé aux approches rapides et transactionnelles de la sexualité. Lorsque des partenaires créent ensemble, intentionnellement, un environnement parfumé, lorsqu’ils consacrent du temps à préparer leurs corps avec soin et attention, lorsqu’ils abordent l’intimité comme une forme d’art digne d’étude et de raffinement, ils honorent une philosophie de la connexion humaine qui transcende le temps et les cultures.


Conclusion : La Sagesse Durable du Désir Parfumé

La manière dont le Kama Sutra traite les arômes et les senteurs révèle une civilisation qui avait compris une vérité fondamentale sur l’expérience sensorielle humaine : nous n’entrons pas dans l’intimité par la pensée ; nous y entrons par les sens. La sélection et l’application soigneuses du parfum — de l’encens qui remplit la pièce aux huiles appliquées sur la peau — constituent un système élaboré visant à activer la voie la plus directe vers l’émotion, la mémoire et le désir : le système olfactif.

Près de deux millénaires après que Vātsyāyana a écrit le Kama Sutra, les fragrances qu’il recommandait — bois de santal, jasmin, musc, safran, ambre, rose — restent puissantes et pertinentes. Les technologies ont changé ; le bâtonnet d’encens en bambou est désormais complété par des diffuseurs et des sprays. Mais le principe sous-jacent demeure constant : le parfum est un langage de l’amour, la création de beauté et de plaisir sensuel est une entreprise humaine digne, et l’intimité s’épanouit lorsque tous les sens sont mobilisés avec intention, pleine conscience et respect.

En redécouvrant la sagesse aromatique du Kama Sutra, nous ne cédons pas à des pratiques exotiques ou ésotériques. Nous retrouvons plutôt une compréhension du plaisir humain qui considère le corps non comme quelque chose à dompter ou à ignorer, mais comme un instrument sophistiqué par lequel nous faisons l’expérience du sens, de la connexion et de la joie. Le voyage parfumé vers l’intimité est, en fin de compte, un voyage vers nous-mêmes et vers une humanité plus pleine.

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